Les cheveux d'or — extrait

Assad raconte :

Oui, le cauchemar. Je ne sais pas quand j’ai commencé
à être tourmenté par ce rêve, si ancien qu’il me semble qu’il fait partie de mes premiers souvenirs.
Il se déroule toujours de la même manière.
Il y a d’abord cette reine, très belle et qui paraît si gentille. Elle a un nom compliqué, que je ne retiens jamais complètement, Zinamé, ou Zinamaz.

— Zinaméziana, interrompt Zgug.

Oui, c’est ça, Zinaméziana. Au début, c’est un rêve agréable. La reine me cajole, elle m’appelle « son petit lion », elle me donne des fruits délicieux et je
la trouve adorable. Puis elle ôte mon bonnet, me caresse les cheveux, me prend sur ses genoux.

Elle chante alors, de sa voix mélodieuse, une rengaine qui répète le début de cette chanson que vous avez entendue, lorsque nous nous cachions derrière les arbres : « Le bel enfant, mon bel enfant ! » Elle me berce, comme si j’étais un petit bébé, son bébé et je me sens bien dans ses bras, si bien ...

Soudain, elle arrête sa chanson, prend ma tête dans ses mains et plonge son regard dans le mien en me demandant : « Mon petit lion, dis-moi que tu m’aimes, dis-moi que je suis la plus belle ! ».

La reine est si belle que je suis prêt à lui dire tout ce qu’elle veut. Et pourtant, je lui réponds :
« Oui, vous êtes belle, très belle. Mais ma maman reste la plus belle ! ».
   

Je ne sais d’ailleurs pas pourquoi je dis cela, car Zinaméziana est vraiment la plus jolie femme que j’aie jamais vue. Au moment où elle m’interroge, quelque chose me pousse à lui résister, à ne pas consentir à tout ce qu’elle réclame. Et puis, il n’y a pas que ma maman.

Assad s’interrompt soudain, l’air gêné. Il baisse les yeux avant de reprendre.

Oui, il faut que je l’avoue, plusieurs fois les mois derniers, dans ce rêve, j’ai répondu que la plus belle était … Amélie !

Assad se tait à nouveau. Son visage s’est empourpré et il n’ose plus regarder ses interlocuteurs. S’il levait
les yeux, il s’apercevrait qu’Amélie est encore plus rouge que lui.