La chair des grands-pères — extrait

Un quart d’heure plus tard, Alice et les enfants sont de retour dans l’appartement de la rue Jules Verne.
Et toujours pas de Grand-père ! Alice commence à être inquiète, mais elle ne veut pas le montrer :

— Jules a dû être retardé au bureau, cela arrive souvent.

— Tu sais, Grand-mère, répond Sash, cette histoire d’ogre, n’est pas …

— Oh, arrête avec cette histoire ! Pendant que tu y es, pourquoi ne pas inventer un dinosaure qui l’aurait dévoré ?

— Mais Grand-mère, insiste Gab, ça commence exactement comme dans notre histoire. Dans le livre de Noyaumont, Annie, la grand-mère va se promener avec ses trois petits enfants et ils attendent Gilles, le grandpère. Mais, sur le chemin, celui-ci aperçoit un petit animal qui l’entraîne dans un fourré.

— Et là, interrompt Zak, le petit animal se change en un méchant personnage. Celui-ci annonce à Gilles qu’il est un ogre et que la chair qu’il préfère, c’est celle des grands-pères.

— Ensuite, reprend Gab, le magicien transforme Gilles en caillou et part chercher d’autres grands-pères. Et, en revenant, Annie et les garçons découvrent le tas de cailloux. Comme nous !

— Ecoutez, les enfants, c’est absurde ! Vous voulez arriver à quoi : que je me mette à croire aux ogres, ou plutôt à cet ogre-là ? Et pour faire quoi ensuite ?

— Mais Grand-mère, dit Sash, on veut simplement te raconter la suite de l’histoire de notre livre. Car, si nous avons raison, on va bientôt voir arriver cet ogre. En effet, dans notre livre, les trois enfants ont déjà lu une histoire pareille et ils savent ce qu’ils doivent faire. Ils ramassent les cailloux et les rapportent à la maison.

 

— Alors, vous avez pris les cailloux ?

— Ben oui, regarde nos poches, comme elles sont gonflées, dit Zak !
 

 
— Et puis, intervient Gab, écoute la suite de notre livre. L’ogre ne trouve plus ses cailloux. Il est furieux. Comme il est magicien, il a vite fait de repérer la maison de Gilles et Annie et il vient frapper à la porte. Si c’est comme nous le pensons, l’ogre d’aujourd’hui ne va pas tarder.

Juste à cet instant, la sonnette retentit.
Alice sursaute : le discours des enfants ne l’a pas du tout convaincue, mais elle est encore plus inquiète.