Kuruk et Pirma — extrait

— S’il te plait, mon nom ? Dis-le-moi, petite fille !

— Que des gribouillis !

— Gribouillis ? Elle a dit « gribouillis », ce n’est pas un nom ! Et pourtant elle m’a répondu. Elle me regarde ! Penses-tu vraiment que je m’appelle Gribouillis ?

Marguerite n’a pas prononcé un mot. Cette réflexion sur la peinture d’Annie Bayle – que des gribouillis – elle l’a gardée dans sa tête, sans ouvrir la bouche. Et pourtant il lui semble que quelqu’un lui a répondu : « Penses-tu vraiment que je m’appelle Gribouillis ? ».

Intriguée, Marguerite s’approche de l’aquarelle.

— Oui, c’est moi qui te parle, regarde : je te fais signe !

Marguerite est stupéfaite : il semble que quelque chose a bougé, en plein milieu du tableau. Là, dans la bande blanche du bas, on dirait comme une main à trois doigts. Et cette main s’agite !

Encore plus étrange : même si aucun bruit ne sort du cadre de verre qui protège l’aquarelle, Marguerite entend distinctement cette question qui lui est adressée :

— Oui, c’est moi ! Pourquoi dis-tu que je m’appelle Gribouillis ?

Marguerite est forcée de l’admettre : c’est bien cette peinture qui lui parle ! Ou plutôt ce drôle de dessin avec une main à trois doigts. Marguerite répond. À voix haute cette fois :

— Gribouillis ? Non, ce n’est pas ton nom ! C’est la peinture qui n’est qu’un gribouillis.

— La peinture ? Quelle peinture ?

— Celle dans laquelle tu es, pardi !

   

— Je suis dans une peinture ? Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? S’il te plait, aide-moi. Je ne sais pas qui je suis, ni où je suis. J’ai même perdu mon nom ! Dis-le-moi vite !