“D'un monde à l'autre”   1 : Avant-propos Order / Commander
De la plus courte à la plus longue, les histoires et chroniques qui composent ce recueil s’intéressent aux chemins de la vie.

Chacun est l’arbitre de son destin. N’en déplaise aux politiques, aux religieux et même aux philosophes, je crois en cette liberté, par laquelle nous orientons nos vies. J’en vois déjà certains, qui pour contester mon af¬firmation, me demanderont comment parler de liberté à ceux qui, dans leur existence, jouent de malchance. Même si c’est cruel, ce serait sans doute leur rendre service que de leur dire qu’on a la chance qu’on mérite. On m’objectera aussi la situation du captif, voire le désespoir de la créature que l’on torture : où est la liberté de ceux que l’on opprime ? Elle est dans leur courage. Cracher à la figure du bourreau ou même seulement le mépriser, l’insulter intérieurement, c’est déjà affirmer son indépendance.

La liberté, encore plus que le rire, est le propre de l’homme.
Mais n’oublions pas, cependant, ce moule qui contraint nos existences et qui marque les limites de cette liberté. Certes, notre univers ouvre largement les trois dimensions où notre libre arbitre s’exerce pleinement. Mais il nous impose le cheminement dans le couloir de la quatrième dimension, par laquelle nous sommes contraints. On peut changer de direction, revenir sur ses pas, sauter un obstacle. Mais jamais on ne pourra annuler le geste que l’on vient de faire : le Temps, inexorablement, bat le rythme de nos pas. Il est le maître du jeu.
 
Dans la plupart des jeux, il existe un joker. Dans le théâtre de nos existences, nous en avons aussi un qui, si nous savons l’utiliser, nous permettra une ou plusieurs victoires sur le cruel metteur en scène de notre destinée. L’amour est ce joker. Lorsque nous nous donnons à lui, l’amour organise notre évasion et nous fait sortir de cet univers dans lequel le temps voudrait nous circonscrire.

Le Temps et l’Amour sont les deux protagonistes du présent livre. Vous les verrez s’affronter par personnages interposés et, comme il en a été pour moi, en faisant vivre ces personnages, vous ne reconnaîtrez sans doute ni vainqueur ni vaincu. On pourrait en conclure que le maître du jeu, celui auquel on prête toujours le dernier mot, n’a comme triomphe que des victoires à la Pyrrhus.

Ainsi, même lorsque la poussière de nos vies a disparu, la lumière de nos amours reste cette lueur éternelle qui, même si nous n’existons plus, témoigne que, quelque part dans l’espace-temps, ceux qui ont aimé sont toujours vivants.

Gilles Clavel
Long Beach, California – June 2014

Quoi d'autre dans le livre ?  2     3     4